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Le paradoxe est frappant, mais à première vue
seulement. Si l'on prenait en compte les quelque sept millions de musulmans
thaïlandais, notamment dans les provinces du sud, on comprendrait mieux cet
engouement pour les produits conformes à la Charia. Il est vital
en effet pour les pouvoirs publics –qui tiennent par-dessus tout à la
cohabitation interconfessionnelle - de répondre aux besoins et attentes de la
communauté musulmane qui veut consommer halal. Mais au-delà de cette
considération purement religieuse, les musulmans représentent un segment de
marché à fort potentiel. Les entreprises thaïlandaises ne le savent que trop.
Elles sont conscientes que si elles ne développent pas une offre adéquate
pour le conquérir, des entreprises venant de l'extérieur le feront à leur
place. La concurrence fait rage d'autant que le marché du halal a le vent en
poupe partout dans le monde notamment dans certaines régions comme l'Europe,
les Etats-Unis ou les pays du golfe.
Donc il s'agit d'une affaire de foi certes, mais aussi de «positionnement
marketing». Sachant que le marché halal pèse dans les 150 milliards de
dollars approximativement. A l'évidence, l'enjeu économique est de taille et
les Thaïlandais entendent bien en tirer parti. D'ailleurs, il existe quelque
700 producteurs spécialisés dans le «halal food» dont beaucoup ne sont pas
musulmans (bouddhistes ou autres).
Déjà en 2002, le gouvernement a mis sur pied deux entités afin de concevoir
et mettre en œuvre les politiques publiques en la matière : le comité de
développement de l'agro-industrie halal ainsi que l'institut des normes de
l'agro-industrie halal. Pour le financement, le gouvernement met le paquet
puisqu'il réserve plus de 110 millions de DH sur la période de 2002-2011 pour
développer ce créneau en mettant l'accent sur la recherche scientifique C'est
ce qui explique peut être que le pays de Siam a une longueur d'avance sur ses
voisins, notamment les pays musulmans du Sud-est asiatique comme la Malaisie et
l'Indonésie.
Cette agro-industrie est en effet en plein essor en Thaïlande qui exporte non
seulement ses produits alimentaires estampillés «halal» mais aussi son
expertise et son savoir-faire en la matière. Le centre scientifique des
analyses des aliments du Halal (Halal Science Center) relevant de
l'université de Chulalongkorn (Bangkok) constitue à cet égard, une véritable
référence. Présentée par ses initiateurs comme la première structure du genre
dans le monde, ce centre créé en 2003, dispose de tous les outils techniques
et des compétences humaines nécessaires à l'analyse des matières premières.
Celles-ci font l'objet d'analyse physico-chimique méticuleuse pour détecter
toute substance (alcool, graisse animale, sang…) prohibée par les règles
islamiques. Des équipes d'experts passent au peigne fin l'ensemble des
composantes ainsi que les conditions de stockage et de transport avant
d'attribuer le label « HAL-Q» (Hygiène, Assurance, Liabilité and
Quality).
La principale mission du «Halal Science Center» consiste donc à délivrer la
fameuse certification et empêcher ainsi certains commerçants peu scrupuleux
de vendre des produits non-conformes aux critères exigés par la loi
islamique.
Selon Winai Dahlan, le directeur du centre, «il y a quelques années, des
saucissons étaient vendus à Bangkok aux musulmans avec la mention Halal.
Après avoir effectué les analyses, on s'est rendu compte qu'il s'agissait de
saucissons de porc». Le même responsable va encore plus loin, en affirmant
que dans beaucoup de pays importateurs de produits halal notamment dans le
Golfe, on consomme des aliments estampillés conformes à la Charia alors qu'ils ne le
sont pas en réalité.
«Le marché du Halal est tellement rentable que beaucoup d'investisseurs,
aveuglés par les perspectives de gain s'y mettent et n'hésitent pas abuser de
la confiance de la population musulmane».
Mais le principal défi pour l'industrie des produits halal n'est pas tant de
barrer la route aux commerçants indélicats, mais de réduire le coût du
processus de certification. «L'objectif est de parvenir à maîtriser le coût
de certification pour que nos produits ne soient pas plus chers, d'autant
qu'ils sont prisés par des non musulmans également», conclut Winai Dahlan.
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Monde islamique
Selon le ministère des Affaires étrangères thaïlandais,
la Thaïlande
entretient des relations cordiales avec l'ensemble des pays du monde musulman
et œuvre pour l'intensification des liens de coopération au niveau des
gouvernements, des hommes d'affaires et au niveau des peuples. La Thaïlande est depuis
1998 membre observateur au sein de l'Organisation de la conférence islamique
(OCI). Selon le ministère des Affaires étrangères toujours, le gouvernement
ainsi que la société civile thaïlandaise œuvrent pour favoriser la
compréhension mutuelle entre le peuple thaïlandais et le monde islamique.
Dans cette optique, nombre de figures emblématiques du monde islamique ont
été invitées par la
Thaïlande en 2007 notamment le secrétaire général de l'OCI,
le secrétaire général de la ligue du monde musulman ainsi que le Grand Imam
d'Al Azhar. Selon le département des Affaires étrangères, ces visites ont eu
un impact positif sur l'amélioration de la compréhension mutuelle et la
promotion du dialogue. La même source ajoute que les Thaïlandais quelles que
soient leurs confessions attachent une grande importance à la tolérance et au
vivre-ensemble en harmonie «étant donné que la cohabitation interreligieuse
est une réalité de tous les jours et non pas une idée abstraite» au pays de
Siam.
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